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Monsieur Cormier, quelles sont les appréciations que vous avez à formuler sur la séance culturelle 2008/2009 ?
Une saison importante pour le théâtre de Vanves : première saison pour la toute nouvelle scène nationale conventionnée française[1]. Après avoir célébré le 10ème anniversaire du festival Artdanthé avec une saison extraordinaire 2007-2008, il était important pour la ville et le théâtre de Vanves que les débuts de la « deuxième décennie » du festival soient prometteurs. Pari gagné si j’en juge par la fréquentation toujours élevée et les nombreux articles parus cette année dans la presse spécialisée ou généraliste, tant locale que nationale. Par ailleurs, on mesure aujourd’hui le travail de fond effectué ces dernières années sur les résidences artistiques à Vanves. Le Collectif d’Ores et Déjà, en résidence à Vanves l’an passé pour Wald et le Père Tralalère, présente en ce moment cette dernière pièce pour deux semaines au théâtre national de la Colline (Paris XXème). C’est l’occasion de constater la bonne intégration par l’équipe culturelle de la salle Panopée dans le paysage culturel vanvéen. Malgré l’initial manque de projet dû à l’urgence électorale de 2008 et qui lui a valu cette aménagement intérieur en dépit du bon sens, la salle a permis le développement de nouvelles résidences artistiques, réelles sources de création pour la danse, le théâtre et les arts musicaux. Enfin, je constate l’équilibre global de la saison passée avec 14 spectacles de théâtre, 8 spectacles pour les enfants, 17 soirées musicales et 34 soirées « danses » lors de la 11ème édition du festival ArtDanthé -qui vaut à la ville la renommée de son Théâtre et une partie de son financement.
Du coté cinéma l’effort persiste pour maintenir une programmation variée, entre les films à succès et d’autres moins diffusés mais au fort intérêt culturel. J’apprécie les efforts pour maintenir les séances d’après-midi en semaine afin que le public âgé vanvéen puisse bénéficier de la programmation adulte. C’est aussi cela, les missions du service public.
Quels sont les spectacles que vous avez les plus appréciés ?
Difficile de faire un choix. De mémoire, j’avais apprécié Andréa Sitter qui nous avait offert un spectacle entre danse et théâtre particulièrement drôle ; La performance de Pierre Rigal aussi, captif de sa « Press ». Il y eu la 3ème édition de Jamais Vu ! (Plateforme de jeune chorégraphe Européen) dont l’une des chorégraphies m’avait particulièrement marqué. Coté Théâtre, il y eu Les sirènes de Bagdad, de l’écrivain Yasmina Khadra, et bien sûr la superbe présentation de L’illusion Comique de Corneille par la compagnie Viva la Comedia -qui présentera cette année Le Songe d’une Nuit d’été de Shakespeare.
Petit moment particulier pour moi, le Taraf de Haïdouks, qui a accompagné tellement de mes voyages à travers le monde.
Mais les spectacles auxquels j’ai assisté au Théâtre de Vanves et les discussions, avec les acteurs et l’équipe du théâtre, qui suivirent les représentations m’ont aussi donné envie de découvrir la programmation d’autres lieux en Ile de France : Bobigny, Malakoff, le théâtre de la ville, de la colline, Silvia Montfort, le rond-point, et tant d’autres encore…
N’avez-vous pas l’impression que les spectateurs ne sont pas majoritairement des non vanvéens ?
Cette question me gène car elle laisse supposer que cela serait soit anormal soit problématique. Il me semble que la politique culturelle doit assurer la mission locale culturelle mais aussi participer à sa dimension régionale et nationale. En Ile de France, ou les accès (la diffusion) aux œuvres et productions sont multiples, la politique culturelle des communes se doit d’intégrer particulièrement ces deux dimensions en offrant aux vanvéens un accès à une programmation de qualité d’une part et compléter d’autre part l’offre globale sur le territoire francilien et plus largement français. Il est donc logique que le théâtre de Vanves accueille, comme c’est le cas pour l’ensemble des théâtres d’Ile de France, des spectateurs provenant de toute la région. Mais globalement, sa fréquentation se compose, outre les vanvéens, d’habitants des environs, du sud des Hauts-de-Seine ou de Paris.
Cependant, dans votre question, j’en entends une seconde.
Est-il regrettable que les habitants d’une ville, Vanves par exemple, se déplacent peu au théâtre, se détournent des spectacles vivants et plus généralement de la culture ? Si oui, quelle en est la raison principale ? La programmation ? Les prix ? Les horaires ? Le lieu ?
On peut le regretter, certainement. Mais, je regrette surtout que l’on montre systématiquement du doigt les programmations (et bien souvent ces remarques proviennent de personnes fréquentant en réalité peu les lieux de culture et sont souvent l’effet de stratégies électorales).
Pourtant, je crois que l’on peut -et en particulier à Vanves- s’inquiéter de la faiblesse des moyens alloués à l’éducation à la culture (pourtant l’une des quatre missions de la politique culturelle avec la création, la diffusion et la conservation), à la communication, à l’accompagnement au choix des spectacles, à la promotion de la culture en général. Mais il est vrai que cela nécessiterait qu’on y alloue un budget supplémentaire. Je rappelle que le budget de la communication à Vanves, très élevé, sert surtout à promouvoir l’action du Maire plutôt que les services offerts aux habitants.
D’autres actions d’accompagnement peuvent pourtant être mises en place. En voici quelques unes : pour faciliter l’accès, la mise en place d’une plateforme de garde d’enfant pour quelques soirées dans l’année afin que les couples puissent venir aux spectacles ; la mise en place d’une taxi-navette avant et après les spectacles pourrait permettre aux personnes âgées ou handicapées de venir au théâtre. Des places à très bas tarif, pour les jeunes, les familles, les foyers à bas revenus, pourraient être distribuées. Enfin, l’édition d’une plaquette de présentation plus illustrée ou la tenue de stands-guichets à différents endroits de la ville pour présenter la saison culturelle pourraient permettre d’accompagner les choix de spectacles.
Notons une nouveauté cette année, et il était grand temps : le site Internet du Théâtre de Vanves.
Vous êtes membre du Parti Socialiste, ne doit-on pas considérer que la politique culturelle actuelle a été initiée par l’équipe Municipale de Guy Janvier ?
Il est vrai, et l’on l’oublie souvent, que c’est sous la municipalité de Guy Janvier que le théâtre de Vanves fût reconstruit (après l’incendie qui le détruisit), que le centre Albert Gazier sortît de Terre, et que le projet culturel a pris de l’ampleur notamment grâce à l’installation du directeur actuel du Théâtre de Vanves, José Alfarroba. Lorsque celui-ci proposa le projet audacieux d’un rendez-vous annuel avec la danse à Vanves, le Festival ArtDanthé, Guy Janvier a soutenu le projet qui connaît aujourd’hui, onze ans plus tard, une notoriété forte et toujours grandissante en France et à l’étranger.
Personnellement, je trouve remarquable et courageuse cette décision et salue l’audace politique dont Guy Janvier a fait preuve à l’époque en permettant la diffusion d’un art peu reconnu et peu programmé. Je le répète, le théâtre de Vanves participe à l’effort culturel national en permettant la création et la diffusion sur scène de la danse et il en est d’ailleurs récompensé, notamment par sa notoriété et par la reconnaissance qui lui est fait dans le monde des arts.
Je tiens à souligner par ailleurs que le maire actuel montre depuis son arrivé en 2001 le même soutien sans faille à l’équipe du théâtre de Vanves et au festival ArtDanthé. Malgré les désaccords profonds et les critiques que je peux formuler à l’égard de sa politique municipale et communautaire en général (et en particulier à l’égard des jeunes, de la démocratie locale, du développement urbain et de la prise en compte des problématiques environnementales, du maintien de l’activité économique locale, etc.) je tiens -au risque d’en étonner plus d’un, à ce que lui soit rendu le mérite d’avoir inscrit dans la durée ce soutien à l’égard du théâtre.
Quelle place doit occuper la culture dans le cadre d’une politique municipale ?
Pour compléter ce que j’ai dit tout à l’heure, outre le développement de l’activité d’éducation à la culture, je pense qu’il faut beaucoup plus impliquer les vanvéens et solliciter leur participation aux activités culturelles vanvéennes. Il y a eu jusqu’à présent l’école des spectateurs du théâtre, mais la ville est riche d’artisans, d’artistes ; les maisons regorgent de vanvéens curieux et surtout possesseurs de connaissances particulières. J’aurais aimé qu’à Vanves, l’offre institutionnelle culturelle s’accompagne d’un échange entre les habitants sur les techniques, les sciences. Par la création par exemple d’un jardin partagé dans le parc Pic ; d’un évènement d’échange culinaire associant les habitants et les chefs et sommeliers vanvéens, d’un festival des arts et techniques amateurs, ou enfin de l’organisation d’un festival vanvéen de spectacles de rue coordonné par des associations de quartier. De tels évènements, tisseraient du lien humain dans la ville et seraient l’occasion d’impliquer les habitants et de les inciter à participer eux même. Et la décision de les organiser est politique.
Comment s’annonce le programme 2009/2010 ?
J’ai été marqué par l’enthousiasme de l’équipe du théâtre pour cette saison.
Je remarque que l’échange culturel initié il y a quelques années avec les Pays-Bas, le Portugal et le Québec, se poursuit et se développe. Cette année, Vanves accueille un quatrième pays en programmant un spectacle monté en collaboration avec le chorégraphe Jonah Bokaer, qui nous vient de New York, pointure internationale de la danse qui a notamment travaillé aux coté de Merce Cunnigham -récemment décédé.
On retrouve des compagnies connues et fidèles à Vanves : La compagnie Viva La Commedia, T.R.A.S.H (Pays Bas), Herman Diephuis, le Festival Jamais Vu !, Martin Barral et l’orchestre symphonique du campus d’Orsay, etc. ; des créations étonnantes telles que Alpenstock diffusé cette semaine, ou Sandrine en décembre ; des nouveaux talents tels que Thomas VDB. On retrouvera Marto et d’autres spectacles de marionnettes ainsi que le festival ArtDanthé, du 25 janvier au 27 mars, et des évènements, telle que la venue de Dominique A, le 30 mars, et le spectacle inaugural du festival ArtDanthé avec une création collective de 28 chorégraphes et metteurs en scène dédié cette année à Pina Baush.
Je pense que cette saison offrira une fois de plus à chacun de nombreuses opportunités de découvrir de nouveaux horizons.
Allez-vous continuer à être un spectateur attentif et assidu ?
Assidu certainement. Je suis un spectateur amateur, mais il est vrai que j’ai toujours passé beaucoup de mon temps libre (qui malheureusement se réduit) à assister à des spectacles vivants à Vanves et ailleurs, en France et à l’étranger. C’est un réel plaisir que je ne boude jamais.
Attentif ? Faut-il réellement être attentif lorsque l’on est spectateur ? Si je devais retenir une grande leçon de mon expérience vanvéenne ce serait celle de l’apprentissage au « spectateurat ». J’ai appris, surtout grâce à la danse que j’ai découvert à Vanves, à percevoir les messages du corps, de la chorégraphie, comprendre malgré moi la mise en scène, les postures, les sons. Pour cela il m’a fallu apprendre à sortir de mes conventions personnelles, à me laisser aller à ressentir plutôt qu’à intellectualiser la compréhension d’un discours ; d’une certaine manière à relâcher mon attention. Cela a changé aussi énormément ma perception du théâtre ou de la chanson. Je suis aujourd’hui beaucoup plus touché par la mise en scène, les impressions spatiales, le langage des corps.
Quel serait votre seul argument pour tenter de convaincre les vanvéens d’assister aux différents spectacles programmés ?
Osez ! Que risquez-vous ? L’expérience du spectacle vivant est unique et extraordinaire.
Quelle est la question à laquelle vous auriez aimé répondre, mais que je ne vous ai pas posée ?
Celle-ci. ;-)
Vous êtes membre du Parti Socialiste, qu’est ce qui doit inciter des vanvéens à vous rejoindre ?
L’envie de changement. Le parti socialiste vit une période difficile mais exaltante. Lui aussi subit de plein fouet la crise globale qui s’est installée progressivement depuis vingt ans.
Il doit changer pour permettre à la société de changer. Il doit normaliser ses relations avec son idéologie, assumer l’héritage et formuler un discours qui défendrait mieux les idées qu’il défend. Et enfin il doit changer pour que le peuple français puisse voir en lui une source d’une transformation positive de la société.
Pour cela, ce parti a besoin des militants et des sympathisants ; on l’a une nouvelle fois constaté lors de la concertation récente sur le fonctionnement du parti. Le parti socialiste doit, avant tout, appartenir au peuple de gauche.
Outre la réorganisation interne du parti qu’a initié la concertation du début du mois, c’est sur la question des valeurs que nous défendons qu’a débuté le travail le plus important pour le parti socialiste dans le cadre du Laboratoire des Idées. A Vanves, nous avons la chance d’en avoir la vice-présidente, Lucile Schmid, qui y fourni un travail de réflexion et d’écriture remarquable par sa densité et sa qualité. Des groupes de compositions diverses (intellectuels, élus, chercheurs, militants ; anciens, jeunes, hommes, femmes) s’y forment sur des thématiques telles que la crise, l’eau, le partage des richesses, ou encore la civilisation numériques et les enjeux de la méditerranées.
Je crois que le travail fourni dans ce laboratoire des idées présente l’opportunité d’identifier une ligne politique claire, ambitieuse dans son contenu, cohérente sur les valeurs, responsable politiquement et résolument humaniste.
Pour mener ce travail de réflexion collective et soutenir la rénovation du PS, nous avons besoin de nouveaux militants qui s’engagent autant sur le pavé que sur le terrain des idées.





